Piran Stories

Piran Stories

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I


[…] Piran joua un rôle essentiel dans l'essor originel de la Ligue […] ce qui lui permit même de contester un temps Bogatiku comme capitale économique, avant que le congrès de l'an 3303 n'entérine définitivement le choix de cette dernière. Si Piran demeurât un système prospère dans les années qui suivirent, cette décision a affaibli durablement son éclat dans les esprits.


Archives de la division Mémoires.


Naggy


Nicollier Terminal est un avant-poste comme tous ceux que j'ai connu : parfaitement oubliable et tout à fait minable. Une halte pour transporteurs malchanceux ou pour individus recherchant un minimum de discrétion dans la fourmilière qu'est devenu le système.


En ce qui me concerne, je me retrouve parfaitement dans ces deux catégories. Mon plan était de prétexter une avarie à proximité de la station, pour une approche en toute légalité de l'endroit. Après une soigneuse étude des protocoles de sécurité, un de mes contacts m'avait signifié que leur procédure s'accomplissait sans le moindre scan de sécurité.


Certaines personnes y verraient une faille, mais en ce qui me concerne je n'étais pas dupe. La station n'étant pas autorisée à posséder un terminal commercial, la revente au marché  noir arrangeait bien le superviseur et la population locale.


Pour des raisons politiques, la Ligue de l'Office Stellaire des Pilotes – qui contrôlait la région – avait obtenu un blocus des opérations commerciales sur l'avant-poste détenu par une faction rivale : la corporation Piran Central. Pour les marchands indépendants de mon genre – plutôt fauchés – c'était une véritable aubaine.


L'importation illégale de marchandises était extrêmement difficile dans les territoires contrôlés par la Ligue, d'où de substantiels bénéfices en cas de découverte d'un bon filon. Restait alors le problème de la sécurité, à moitié réglé par l'attitude pour le moins consentante des autorités de la station.


Je sais que certains parmi vous haussent déjà un sourcil d'un air réprobateur, condamnant d'avance mes pratiques commerciales peu orthodoxes. La réalité est plus complexe. La vie dans le secteur était difficile pour les petits marchands indépendants non affiliés à la Ligue, les opportunités de travail – surtout légal – étant plus rares. Et les gamins, faut bien les faire manger. Bon je n'ai pas d'enfants, mais j'aurais pu en avoir.


Je m'étais spécialisé dans la contrebande d'alcool. On a toujours plus de chances de parvenir à soudoyer un douanier avec une caisse de liqueurs fines qu'avec une cargaison de fusils d'assaut. De plus et par expérience personnelle, je sais que les gens s'emmerdent dans leurs avant-postes et qu'ils ont besoin de se camer pour tenir le coup. L'alcool étant socialement plus acceptable, j'avais toutes les chances d'écouler mon stock vite fait, bien fait.


Le problème, c'est que lorsque je me suis pointé à la station, mon avarie n'était plus un stratagème, mais une réalité. C'est un vaisseau fumant qui se dirigeait vers l'avant-poste, et malheureusement c'était le mien. J'avais eu le malheur de subir une interception peu de temps auparavant, une embuscade tendue par un groupe de pirate locaux, qui se font appeler les « dragons de Piran »...




Fléau


Ce petit enfoiré se concentre sur mon générateur.


Je pilote en utilisant les trajectoires les plus brusques au possible. Je passe au cordeau des astéroïdes autant que possible, désactivant et réactivant la navigation automatique à un rythme effréné pour obtenir la trajectoire la plus aléatoire possible. Son dernier missile a bousillé la fine pellicule de bouclier qui me préservait de ses lasers.


« Sois gentil et n'en tire pas d'autres. »


« Missile détecté. », d'après la voix intolérablement neutre de mon ordinateur de bord.


L'enfoiré ! Je n'ai plus le choix, j'entame une approche quasi-suicidaire sur le premier caillou en vue. Au dernier moment, j'inverse les moteurs et exerce une si forte pression sur le levier qui me sert à repiquer que je crains de me casser le bras durant la manœuvre. Je bascule ensuite en mode furtif, mon bouclier n'étant plus d'aucune utilité.


Le projectile tiré par mon ami fort agressif dans sa communication s'écrase à cinquante mètres, ce qui me permet de me servir de l'onde de choc pour me propulser sans utiliser mes moteurs. Les modules de mon Viper commencent à grincer suite à la surcharge engendrée par le mode furtif. Je dois opérer au plus vite, et parviens à décrire une courbe d'approche dans les huit heures de mon adversaire.


Celui-ci n'est pas un tâcheron. Il a deviné mon passage en furtivité et braque instantanément de manière à se retourner. Ce type est l'un des pilotes les plus aguerris qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'ai tout de suite compris que j'avais affaire à un professionnel.


Ce qui m'a permis d'anticiper sa manœuvre et de passer quelques dizaines de mètres au dessus de sa cabine en flammes, préalablement arrosée d'une lourde salve de mes canons Flak. La caméra extérieure me permet de voir la fin de mon poursuivant, dans une folle vrille terminant sa course dans une explosion de roches, de carburant et de métal. Ni une ni deux, je m'adresse à mon assistant informatique.


« Analyse-moi ce que tu peux. Concentre-toi sur ses identifiants et communique les moi dès que possible. »


Je n'ai pas à patienter plus de quelques secondes. Mais lorsque j'apprends la nouvelle, je reçois comme un coup dans l'estomac. Si bien que je demande confirmation de l'analyse auprès de l'ordinateur. 



« Le résultat est similaire commandant. Les identifiants émis par la balise interne du vaisseau sont formels : il s'agit d'un chasseur de primes dûment assermenté par la Ligue de l'Office Stellaire des Pilotes, disposant d'un mandat à votre encontre. »


Ainsi, le Fléau était dans le collimateur de la Ligue. L'adrénaline du combat retombait bien vite, trop rapidement à mon goût. Elle laisse place à un sourd pressentiment, une sensation désagréable et inhabituelle dont j'allais devoir me défaire au plus vite pour rester efficace.




Kalia


Je me suis foutue dans une merde noire.


Ma nacelle de survie tournoie dans l'espace. J'ai pu m'éjecter juste avant le crash, mais je ne donne pas cher de ma peau si la Ligue n'opère pas vite et bien. Je dispose de douze minutes de dioxygène en utilisation normale, ce qui pouvait me laisser espérer atteindre quinze ou seize minutes avant de sombrer dans l'inconscience. Cela n'arriverait pas, bien sûr. Passé un seuil critique, la combinaison cessera d'alimenter tous ses modules excepté un seul : celui qui permet la cryostase. Pour faciliter le processus, le logiciel intégré à ma capsule de survie coupera toute protection thermique, dans le but d'opérer un refroidissement plus brutal, supposé plus sûr.


Mon seul et unique souvenir d'une rencontre avec une personne ayant subi une cryostase est limpide comme le ciel de Sagittarius. Avec un précédent équipage, nous avions récupéré une nacelle de survie équivalente à celle dans laquelle je dérive. Nous avons derechef transféré la pauvre âme à l'unité médicale du vaisseau pour procéder au « réveil ». Malheureusement, l'homme que contenait la capsule était resté dans son long sommeil.


J'avais donc peu foi dans ce système, et préférais me considérer comme au bord de la mort. En outre, je réfléchissais vite et mieux en évoquant cette issue et me concentrais mieux sur ma respiration, afin de diminuer autant que possible ma consommation de dioxygène. Ma balise d'urgence était activée, je n'avais plus qu'à attendre dans le noir total, ne pas paniquer, me concentrer sur ma respiration, ne pas paniquer. Se demander si les tombereaux de sueur qui s'écoulent de mes pores se transformeront en glace, eux aussi. Ne pas paniquer. Il n'y a que l'obscurité autour de moi, la nuit dans la cabine et cette lumière rouge au loin.


Qu'est-ce que c'est que cette foutue lumière qui clignote ? Est-ce que ? … Oui. Une transmission.


Malgré tous mes efforts de concentration, je ne peux m'empêcher d'émettre un son, mélange de rire, de rot et de sanglot. Je tâtonne dans l'espace de la cabine à la recherche de l'interface de communication, puis la déverrouille. Un bruit strident me déchire les tympans, puis s'atténue jusqu'à devenir un grésillement sourd. Enfin, les capteurs endommagés de ma capsule font le lien avec l'extérieur.



« ...e reçois ? A toi. »

« Oui ! Oui je suis là ! »


Quelques secondes s'écoulent. Vous avez déjà vaguement hoché la tête quand quelqu'un vous parle d'un instant où le temps s'est figé ? Moi aussi. Je ne le ferai plus, car en ce moment je comprends parfaitement cette sensation.


« Ravi de t'entendre ma grande. Dean et moi on te récupère, accroche-toi ça va secouer. »

« Tu ne récupères pas une boîte noire Marco, fais gaffe quand même. Mais merci à vous. Vous n'avez pas idée. »


Une fois à bord du War Goat et plus ou moins remise sur pied, j'ai droit à un traitement passif-agressif de la part de mes sauveurs : boisson chaude, couverture militaire et engueulade en prime.


« Bordel Kalia, qu'est-ce qui s'est passé ici ?!  » Marco était un peu ahuri par la situation, faut dire que j'étais connue pour faire partie des chasseurs de primes les plus coriaces, parmi tous ceux qui étaient affiliés à la Ligue.

« J'ai merdé, c'est tout... », et surtout je n'étais pas d'humeur pour ces conneries.

« Oooooh ! Merci pour l'explication, tout s'éclaire maintenant, vraiment ! Hé Dean, t'as reçu cinq sur cinq toi aussi ? »

« Pour sûr Marco, pour sûr. » Dean et sa cinquantaine grisonnante... il a le chic pour jouer au type blasé mais je sens que ses oreilles sont braquées sur notre échange.


 Les deux ne me lâcheront pas tant que je n'avouerai pas mon humiliation. Et sans que ce soit une grande surprise pour nous tous, j'explose.  


« Je me suis faite fumer, voilà ! T'es content maintenant ? Comme une foutue bleue, merde ! » et d'achever ma phrase d'un coup de poing vengeur sur la paroi de la cabine du Python, ce qui me vaut un coup d’œil agacé de la part de Dean. « C'est le Fléau qui m'a descendu... on traque ce type depuis un moment vous savez, et je l'avais, je l'avais... »


C'est le moment que choisit l'adrénaline qui courait encore dans mes veines pour se carapater vite fait. J'ai un instant de malaise, mais suffisamment de contenance pour m'assoir à peu près dignement et reprendre mes esprits. Les deux pilotes se regardent un instant, puis Marco prend la parole.


« On en a entendu parler ouais. Beaucoup de monde à la Ligue en fait... un sacré morceau ce Fléau. Redoutable pirate à ce qu'il paraît... et à ce que je vois. Je crois qu'il a descendu une dizaine des nôtres mais tu sais quoi ? Il a jamais tué un seul pilote, ça non. Ce qui est bizarre, c'est qu'on dirait bien qu'il a essayé avec toi. »

« Tu crois que j'ai inventé cette histoire ? »

« Non, non ! Te braque pas Kalia. C'est juste que... c'est pas sa manière de faire. »

« Crois-moi, je ne lui ai guère laissé le choix. »

« J'imagine... mais t'en as pensé quoi, toi ? »

« J'en pense que j'aimerai bien avoir une discussion avec lui. », je déglutis, car la suite m'en coûte. « C'est aussi le meilleur pilote que j'ai pu affronter. »


Une fois cette phrase lâchée, je pense que j'aurais pu rester là à ruminer pendant un moment, mais un événement imprévu m'empêcha de me lancer dans un épisode de délectation morose. C'est Dean, qui brisa bien vite le silence.


« Ben merde alors ! »

« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » Marco était déjà à l’affût.

« Communication sécurisée. Secrétariat de la patronne. »

« Depuis quand Cassie à un terminal sécurisé ? »

« Non... pas notre patronne. Enfin si. Mais... 'La' patronne. »

« Quoi ? ... »


Et les deux pilotes, médusés, de tourner leurs yeux ronds vers moi.




Alice


Alice écarquilla les yeux lorsqu'elle jeta un œil au dernier message reçu sur son moniteur. N'étant plus qu'à mille années-lumière de son système-mère, à la périphérie de la bulle d'activité humaine, elle gagnait peu à peu un accès de plus en plus stable aux faisceaux galactiques de communication. Assez, maintenant, pour estimer avec quasi-certitude que la distance n'avait pu corrompre les termes du message.


C'était une demande de la Ligue de l'Office Stellaire des Pilotes. Elle ne faisait pas partie des commandants qui se sentaient liés corps et à âme à la faction, mais devait reconnaître que la Ligue était la seule entité dans le secteur à offrir suffisamment de commodités et de sécurité pour une exploratrice de son calibre, sans pour autant intervenir dans ses choix. Deux services étaient particulièrement appréciés des individus pratiquant l'exploration : l'assistance réparation – dans la mesure du possible – y compris aux confins de la galaxie ; l'escorte lourdement armée jusqu'à réception des données.


En effet, depuis quelques années maintenant, une activité économique intense avait pour origine les données d'exploration ramenées par des pilotes aussi téméraires qu'Alice. Des entreprises, des gouvernements, des factions et même les superpuissances... tout le monde était prêt à toute une série de coups fourrés pour espérer rafler la mise.


Les enjeux scientifiques, financiers et politiques étaient immenses, à l'image du terrain de jeu que représentait la galaxie pour la caste des explorateurs. Ces données étaient des promesses d'expansion économique et démographique pour les décennies et les siècles à venir, mais aussi et surtout un formidable levier pour ériger ou maintenir une dynastie au pouvoir.


La Ligue ne faisait pas exception à la règle en ce domaine. Elle était connue et reconnue pour ses velléités d'expansion et sa capacité – au moins théorique – à y parvenir. Mais ces basses questions politiques intéressaient peu quelqu'un comme Alice. Dans le cas contraire, elle aurait su que cette propension à l’expansion était redoutée de toutes les factions les plus proches, aussi puissantes soient-elles. Elle aurait  même pu vous raconter les célèbres paroles prononcées par Annalisa Bennett – dirigeante de la Ligue – lors d'une rencontre diplomatique avec un émissaire de la Fédération. Ce dernier eut ces mots : « Notre flotte vous était cinq fois supérieure, je ne peux que saluer l'efficacité de votre organisation. » Ce à quoi la chancelière répondit :

« Vous formez des pilotes. Ce sont les pilotes qui forment la Ligue. Vous n'aviez aucune chance. »


Néanmoins, bien qu'Alice ne fut pas au courant de ces anecdotes, elle se douta, vu la teneur du message, qu'après quelques mois passés à explorer les alentours de Sagittarius A, elle rentrait dans une maison en effervescence.


C'était la guerre. L'agent de liaison de la division Magellan – qui regroupait tout ce qui touchait l'exploration au sein de la Ligue – la priait de rentrer au plus vite pour leur faire parvenir de précieuses données. On était tellement content de la voir revenir qu'on lui prévoyait une escorte de plusieurs vaisseaux de type Python. C'était un luxe, en général réservé aux déplacements diplomatiques très sensibles. Mais Alice avait eu tout le temps de se lancer dans des estimations, pendants ces longs mois de voyage. Elle savait que ce que contenait la mémoire de son ordinateur de bord valait au bas mot des centaines de millions de crédits galactiques.


Alice considéra ses options. Elle ne pensait pas arriver à la lisière de la bulle humaine avant une semaine, puisqu'elle ne comptait pas se presser. Mais le ton urgent de ce message s'était en quelque sorte gravé en elle et lui provoquait des démangeaisons nerveuses. Elle se dirigea vers la petite zone réservée aux ablutions. L'ASP Explorer qu'elle pilotait était tout à fait à même d'abriter une douche collective, mais dans un souci d'optimisation de l'espace et de la masse, elle avait éradiqué le superflu et se contentait du strict minimum.


Ces conditions spartiates la minaient. C'était toujours plus difficile, vers la fin du voyage. Vraiment difficile, au vu de ce que son miroir lui reflétait. Un visage pâle, beaucoup trop mince. Un visage confiné depuis trop longtemps. Alice grommela. Elle n'aimait pas être dérangée dans ses petites habitudes. Surtout par elle-même. Mais sa décision était prise.


Elle se redirigea vers la cabine de pilotage, s’enfonça dans son siège qui conservait la trace de son derrière depuis belle lurette, puis se pencha sur son ordinateur pour lancer une nouvelle série de calculs. Piran possédait une planète avec d'excellentes plages. Voilà un terrain qu'Alice, sous peu multimillionnaire, comptait bien explorer quelques temps.




Rory


« Tu es fauché. Ne fais pas la fine bouche ». Voilà le mantra que je me répète depuis que nous avons décollé. Mais rien à faire, j'ai toujours l'impression d'être un pigeon de l'espace. Foutu contrat. Foutu rafiot. Foutue galaxie. 


Il y a tout juste une semaine, j'ai reçu mon mail de licenciement. Une « optimisation de secteur » qu'ils m'ont écrit. Tu parles, tout le monde sait que la Piran Corp' est en train de sombrer et dégraisse pour filer avec le plus de pognon possible. Manque de pot, je fais partie de la graisse. Dare-dare, j'ai recherché du boulot. Pas que je sois un besogneux dans l'âme hein, seulement j'ai des traites à payer et leur règlement ne faisait pas partie du paquet de départ signé Piran Corporation.


J'ai eu de la chance dans mon malheur. J'ai envoyé beaucoup de mails et reçu rapidement une réponse. Un ancien collègue, qui connaissait un copain, et ainsi de suite... jusqu'à me retrouver dans ma nouvelle boîte, carrément louche mais visiblement pas sur la paille.


Mon boulot c'est de transporter des gens. Je fais ça comme on ferait autre chose hein, mais depuis le temps, je gère mon petit manège. Ce qu'on me demande ici c'est pareil, au détail près que je trimballe des gens qu'on devrait pas transporter autrement que dans un convoi pénitentiaire. Après je dis ça, je dis rien, tant que ça paye.


Mais celle que je viens de récupérer à Finney Ring, elle pue le grabuge à un parsec. Pas un mot, pas un bruit et surtout pas un visage de discernable sous cette visière teintée. Accompagnée d'un larbin de bureau avec un ton de monsieur-je-sais-tout et le costume qui va avec. Un million de crédits pour amener madame à Piran. Un million de crédits... j'aurai du dire non, si j'avais pu me le permettre. Une telle somme pour un si petit saut dans l'hyper-espace, c'était beaucoup trop beau pour ne pas s'avérer être un nid à emmerdements.


L'une des demandes de l'encravaté était d'installer le colis dans la cabine de pilotage du Dolphin et non pas dans le compartiment passager. J'ai suggéré que c'était une idée stupide, ne serait-ce que pour échapper à un scan visuel, mais mon interlocuteur n'en a pas démordu.


Plus je cogite, plus j'ai l'impression d'être un appât. Mais je n'ai toujours pas deviné qui  voyage avec moi et elle n'a toujours pas jugé bon – ou digne – d'ouvrir la bouche, alors j'en reste aux interrogations pour le moment. Questions qui vont rester en suspens, car je reçois le signal qui indique que mon vaisseau a désormais dépassé l'attraction gravitationnelle de la station Finney Ring.


J'ordonne aux moteurs de lancer un dernier coup de boost, puis enclenche l'initialisation du saut hyper-spatial, direction Piran. Vite fait, bien fait, toujours sur mes deux pieds.


Du moins j'espère.


II



[…] toute preuve tangible fut probablement détruite avant l'assaut final du centre de commande de la station, mais de nombreux indices concordaient pour faire de la Piran Corporation une émanation de la Fédération. A ce sujet, Lee Harper précise […] quoiqu'il en soit et ironie de l'histoire, c'est d'abord par les terribles coups portés à son commerce par la Ligue que périclitât la domination de la Piran Corporation sur le système.


Archives de la division Mémoires



Naggy


A mon grand étonnement, car aucune de mes communications d'approche ne me le laissait penser, j'ai subi une interpellation dès le premier pied posé sur le sol de la station Nicollier. Plus étonnant encore, je n'étais pas intercepté par le service de sécurité de l'avant-poste, mais bien par des agents assermentés de la Ligue de l'Office Stellaire des Pilotes. Comme disait mon frère à toute personne en situation délicate : « tu patauges dans la mélasse ! ». Ça, pour patauger, j'étais sacrément embourbé.


Après quelques phrases protocolaires, on m'encadra fermement pour me mener à travers une longue série de couloirs, jusqu'au poste de sécurité de la station. Du moins, ce qui ressemblait à un poste de sécurité, mais sans la présence humaine ou robotique adéquate. Quelque chose clochait, il y avait clairement un thargoïde sous l'astéroïde.


Les hommes me menèrent dans une pièce dont la fonction originelle devait être un débarras, vu l'odeur rance qui collait aux murs. Mais peut-être que mon odorat était déjà saturé de ma propre sueur. Les gardes m'assirent de force sur une chaise, tandis que celui qui devait être l'officier s'assit posément en face de moi. Seule une table métallique nous séparait, sans autre mobilier ou bibelot dans la pièce. Le gradé sortit sa tablette personnelle et pianota l'écran. Un pâle sourire vint tirer les commissures de ses lèvres.


« Alors, êtes-vous un '1', un '2', un '3' ou un 'autres'? »


Bien que peu cultivé en la matière, je supposais que l'humour n'était pas le point fort des tortionnaires et préférait me taire.


« Vous n'avez pas le cran d'être un '1', je renifle votre peur comme un chien renifle un derrière. Je mise pour un '2', trafic de matériaux instables ! » Il me regarde un instant d'un air amusé, puis reprend la parole. « Non, visiblement un '3'. Trafic de drogues ou d'armes ». L'homme m'observe encore une seconde puis sourit, visiblement satisfait.


« Bien. Peu importe la cargaison, seul le chef d'inculpation compte. Savez-vous quelle peine vous risquez pour trafic de drogues dans une zone sous loi martiale ? » me demande-t-il. J'en arrache un hoquet de surprise.

« Comment ça sous loi martiale ? Depuis quand ? » L'officier regarde dans le coin de sa tablette.

« Depuis votre arrivée sur la station, soit treize minutes. N'ayez crainte, vos précieux containers sont intacts. Nos agents sont simplement en train de leur apporter quelques modifications. »

« Écoutez, je voudrais dire... »

« Tu ne dis rien du tout et tu écoutes pour sauver ta vie, compris ? »


J'ai l'impression de m'être pris un mur en plein visage et en courant. La dernière phrase est lâchée d'un ton terrible, qui me glace le sang.


« Bien. Vois-tu Naggy – je peux t'appeler Naggy, n'est-ce pas ? - tu es dans une situation délicate. Mais nous avons une idée pour que tu puisses t'en tirer sans y laisser trop de plumes. Est-ce que tes oreilles sont grandes ouvertes Naggy, ou dois-je les agrandir un peu plus ? »


J'opine frénétiquement de la tête. Mes oreilles sont à une taille que j'estime acceptable et je subodore que la modification me déplairait.


« Nous aimerions que tu sortes de cette pièce, que tu ailles te rafraîchir pour que passes un peu la puanteur de ta sueur, et que tu poursuives ta livraison. Je vais t'équiper de cette micro-caméra, qui me permettra d'acquérir la certitude – ou non – que notre cible recevra bien ta marchandise. Une fois ceci fait, tu pourras encaisser ton argent malpropre et partir loin, très loin d'ici. »


Trop d'informations et de pensées angoissantes se déversent dans ma tête et je parviens à peine à  articuler une objection.


« Ils vont s'en apercevoir... ça ne marchera pas... »

« Ils ne s'apercevront de rien. C'est la panique dans les niveaux supérieurs. Je n'ai pas bluffé, la Ligue de l'Office Stellaire des Pilotes a décrété unilatéralement la loi martiale sur la station, et te voilà réquisitionné de force. »




Rory


« Attendez pilote. »


Ben tiens, voilà que le paquet-mystère décide d'ouvrir sa bouche, et c'est pour dire une énormité.


« Sauf votre respect ma p'tite dame, je vais plutôt filer. Nous sommes bien dans le système Piran, tous mes instruments de navigation sont au clair là-dessus. Je mets le cap sur Nicollier, je vous dépose, j'empoche la commission et on en parle plus. »


« J'en suis satisfaite. Néanmoins, si vous espérez recevoir votre du, je vous suggère vivement d'attendre quelque peu. J'attends un signal. »


Rien n'indiquait une présence hostile sur mon radar. Un transporteur de type 7, un ASP en goguette et un petit Cobra commercial qui avait subi de lourds dégâts, voilà tout ce qui voyageait en direction de Nicollier Terminal. La route était dégagée jusqu'à l'ultime épreuve des scans à l'approche de la station, mais la cliente n'en avait cure. Foutus richards et leurs foutues exigences absurdes.


« C'est vous qui voyez, mais je vous rappelle qu'on est censés la jouer discret. »

« Sage conseil. Je m'y efforce, soyez en assuré. »


Je n'avais plus qu'à laisser tourner le réacteur FSD au ralenti et river mes yeux sur mes instruments de détection. J'envisageais une arrivée à peu près sereine à Nicollier. C'était un avant-poste avec une faible sécurité. Pas besoin de parier sur sa carlingue en entrant avec les moteurs boostés ou de cramer ses modules en abusant du mode furtif. Du moins si tout se passait bien.


« C'est parfait pilote, j'ai reçu ce que j'attendais. Vous pouvez vous diriger vers Nicollier, mais à faible allure. Ah et évitez-nous des turbulences inutiles, soumettez-vous rapidement s'il vous plaît.»

« Mais bordel, de quoi parlez-vous ? »


J'ai vite compris de quoi elle parlait, la garce. Je suppose que peu d'entre vous sont pilotes de vaisseaux, donc peu d'entre vous ont déjà subi une interception. Imaginez-vous en train de courir à belle allure. Soudain, une branche sournoise jaillit et vous stoppe de plein fouet. Pis encore, elle s'entortille autour de vous, vous soulève et vous balance de gauche à droite en vous écrasant de part et d'autre du sol. Vous aurez une bonne idée de ce qu'on ressent dans ma situation.


J'essayais désespérément de lutter pour échapper aux griffes de mon poursuivant, tirant le manche comme un fou furieux, sous les commentaires désobligeants de ma cliente qui se contentait de dire d'un ton égal : « vous nous faites perdre du temps, cessez ces enfantillages ». Folle. Folle à lier. Mais la pression dans mon bras devenait beaucoup trop forte, et l'angle d'approche de mon poursuivant était trop parfait pour que je puisse produire une résistance efficace. De rage, j'abaissais la manette pour réduire la puissance du réacteur à son minimum et éviter une sortie de piste trop brutale, mais ça aussi je le foirais.



Revenons à notre branche. Une fois qu'elle vous a fracassé de part en part, il lui prend une dernière lubie : vous faire tournoyer le plus vite possible avant de vous propulser haut, très haut dans le ciel, telle une toupie désarticulée. Ça, c'est une sortie brutale de FSD.


L'habitacle est sans dessus dessous, ma passagère et moi-même sommes dans un piteux état. Mais je me ressaisis au plus vite, car si notre attaquant est tout aussi secoué, il ne va pas tarder à fondre sur nous. Mais je n'ai pas le temps d'aller plus loin, car la première salve de laser vient de vaporiser mon piètre bouclier.




Fléau


C'est la tête du serpent qu'il faut couper.


Cette phrase, lâchée au passage par un de mes instructeurs en tactique contre-insurrectionnelle, m'est restée. Pas étonnant qu'elle revienne en ce moment, car la situation est tout à fait opportune. J'ai l'occasion, que j'attends depuis des lustres, d'anéantir une faction en quelques minutes. Tout ce travail va enfin payer.


Le Dolphin de mon adversaire est ridiculement peu apte au combat et la vraie difficulté sera de ne pas le déchiqueter. Néanmoins, je dois reconnaître que le commandant tente son possible pour piloter hors de ma zone de tir, sans toutefois y parvenir pleinement. En guise de semonce, je lâche une première salve de laser sur sa coque, avant de cesser le feu. C'est une sorte de langage corporel propre aux vaisseaux qui signifie « donne-moi ce que tu as et tout ira à peu près bien ». Mais ma proie à beau nager en eaux troubles, elle ne se rend pas pour autant et tente de jouer avec ses moteurs pour établir une certaine distance entre nous.


« C'est mignon. Tu sais que j'ai un Viper ? »


Je comble une centaine de mètres via une simple accélération, et tout l'espace qui sépare nos deux coques ne m'empêche pas soupçonner l'inquiétude de l'autre pilote. Si ce n'est la sentir. Impression confirmée, car il se met à la faute : il perd foi en ses moteurs et mets toute sa puissance dans ses fragiles boucliers. Je m'assure de lui faire mal physiquement et psychologiquement en le laissant recharger pleinement, avant de les dissiper aussitôt d'un tir appuyé.


« Okay chéri. Si tu ne comprends pas les messages subliminaux, voilà quelque chose de plus concret. »


Je donne un coup de boost à mes moteurs, ce qui me permet de fondre sur le Dolphin en quelques secondes. Une fois à distance, j'arme un seul de mes canons Flak et tire une salve au niveau du générateur, qui s'enflamme sur le coup. Je grommelle devant tant d'insouciance.


« Les ingénieurs c'est pas pour les chiens, mon coco ! »


J'entame ensuite une manœuvre des plus souples pour me retrouver dans les six heures de ma cible flageolante. Néanmoins, une pointe d'angoisse commence à sourdre en moi. Charon est en retard sur l'horaire, ce qui pourrait foirer toute l'opération.


« Dépêche-toi Charon, dépêche-toi... »




Kalia


C'était la journée des grosses émotions. D'abord, j'avais frôlé la mort dans un combat. Ensuite, je l'avais attendu dans une nacelle flottant dans l'espace. Une heure après, je m'étais isolée pour passer en conversation secrète avec la chancelière de la Ligue de l'Office Stellaire en personne.


« C'est un honneur pour moi, madame. »

« L'honneur est partagé, je suis toujours ravie de voir une pilote chevronnée à notre service. »

« Hélas madame, vous me surestimez, je viens d'essuyer un échec cuisant. »

« Vous avez perdu contre un adversaire tout à fait honorable. »

« Honorable ! »


C'était sorti tout seul, sous le coup de la colère je n'avais pas pu le retenir. Je m'attendais à être foudroyée, mais je n’eus droit qu'à un sourire amusé.


« Vous apprendrez commandant qu'en tant que chancelière, je me dois de peser soigneusement mes mots. Et de vous expliquer dans quoi vous êtes impliqué et ce que, par excès de zèle, vous avez précipité. »

« Je ne comprends pas madame, mais j'écoute. »

« Bien. » la chancelière s'humecta les lèvres, cherchant peut-être les justes mots pour commencer. « En tant que chasseur de primes assermentée, vous savez que vous œuvrez à la consolidation de la Ligue en traquant ses ennemis. Je crois même que vous en tirez une certaine fierté. »

« En effet, madame. »

« Avez-vous considéré que ce ne soit pas toujours dans notre intérêt? »


Je tournais et retournais la question dans ma tête, mais n'y voyait nulle malice. On pouvait bien en tirer une sordide logique, je la devinais, mais était-ce dans cette direction que la chancelière voulait orienter la discussion ?


« Je crois, madame, que je suis l'une des faces de l'organisation armée de la Ligue. Bien que je n'en sois pas informée, j'imagine qu'il existe des opérations qui consistent à aider en sous-main d'autres factions. »

« Déduction logique commandant. Je n'en attendais pas moins d'une pilote avec une formation militaire. Mais vous manquez de l'imagination retorse nécessaire dans la sphère politique. Ne vous en formalisez pas, c'est un compliment.»


La chancelière marque une pause et en profite pour se servir un verre de ce qui semble être un spiritueux de premier choix.


« Nous en arrivons parfois à des actes assez extrêmes, commandant. L'opération que vous avez précipitée en est une, et vous allez devoir en être partie intégrante dès maintenant, j'en suis navrée. »


Annalisa Bennett s'empare de son verre et le vide à longues lampées, avant de tourner ses yeux vers la caméra de son terminal.



« Je vous suggérerai bien de faire de même, mais je vais avoir besoin de vous avec des capacités aussi peu altérées que possible, compte tenu de votre mésaventure d'aujourd'hui. »


Une mésaventure ? J'ai cru y rester par deux fois...


« Nous avons une opération en cours, afin de prendre le contrôle du système Piran pour de bon en damant le pion à la Corporation. Nous les asphyxions économiquement et ils ne peuvent rivaliser avec notre puissance de feu, pourtant ils tiennent encore les principaux canaux d'information du système et maintiennent ainsi une certaine... bienveillance de l’opinion, à leur égard. Nous allons y mettre un terme en attentant à ma vie. »


A cet instant précis, je me suis demandé si j'étais réellement réveillée.


III


[…] deuxième dirigeante dans l'histoire de la Ligue, la chancelière Annalisa Bennett est restée une figure légendaire […] son sens politique et sa capacité à fédérer les prémisses de l'organisation qu'est devenue la Ligue sont aujourd'hui encore loués […] Parker, dans ses 'Annales Galactiques', la décrit comme 'un animal politique capable de vous caresser d'une main et de vous étrangler de l'autre. En même temps.' […] sa nature impétueuse et intrigante effrayait ses officiers de sécurité, elle était connue pour piloter elle-même les cargaisons les plus précieuses et pour s'être exposée sur le terrain dans plusieurs opérations secrètes. Les circonstances de son décès sont aujourd'hui encore controversées, bien que la thèse dominante […]


Archives de la division Mémoires.



Fléau


Alors que je pilonne l'environnement proche du Dolphin pour maintenir le pilote sous pression, mon radar note l'apparition d'un nouvel appareil dans la zone. Un Python affilié à la Ligue de l'Office Stellaire. Mon fier Viper ne fait pas le poids face à un monstre pareil, et en temps normal je n'aurai d'autre solution que la fuite. Mais pas ici, pas maintenant. L'enjeu est trop important, j'ai une tête à couper.


Je fais volte-face et fonce vers l'intrus. J'espère au fond de mon cœur que j'ai affaire à Charon.




Rory


Je suis en vie. J'aimerai bien louer mon pilotage, mais je dois avouer que le salopard qui m'a bousillé y est allé mollo, même pour un pirate. En tout cas j'ai bien cru à ma dernière heure. J'ai rien vu défiler d'autres que les rayons lasers au ras de ma coque, mais ça m'a sevré des combats spatiaux pour la vie... Soudain, quelque chose de complètement incongru se produit : quelqu'un éclate dans le rire dans le vaisseau. La cliente !


« Nous sommes en vie ! » Elle rit de nouveau. « Il semblerait que votre prime ne soit pas inenvisageable, pilote.» La femme se relève et rajuste ses vêtements pour avoir l'air moins secouée. « Ne faites pas cette tête. Nous n'avons plus qu'une chose à faire. Vous allez adorer, il nous suffit d'attendre. »




Naggy


- « OK t'as quoi pour moi ? »

« Vingt caisses de spiritueux, premier choix. »

« C'est deux cent sacs par container, à prendre ou à laisser. »

« Deux cent crédits la tonne ? Tu veux ma mort ? »


Je n'avais vraiment pas cœur à négocier, mais j'y mettais pourtant toute mon énergie. Conscience professionnelle oblige.


« C'est le chaos et ça va vite grouiller de casqués dans la station alors on boucle les affaires rapido... si t'es pas content tu te casses et tu t'arranges avec les scanners à la sortie, c'est toi qui vois. »

«Moi ce que j'en dis, c'est qu'avec la loi martiale, si tu veux quelque chose de fort dans ton gosier, t'auras plus qu'à pisser dans ton générateur et filtrer le tout si tu ne veux pas de ma cargaison à un prix honnête. »

« Deux cent vingt-cinq la tonne si tu m'en rinces une à l’œil ».

« Vendu. »

« ON OUVRE ! » qu'il beugle à ses ouvriers, pour conclure l'accord. Et les travailleurs de s'affairer sur les portes des containers, déchargés sur le quai par des robots de maintenance.


C'était une manœuvre bien rodée, effectuée par des contrebandiers aguerris. A quelques secondes d'intervalles, toutes les ouvertures étaient descellées. Les troupes d'élite de la Ligue qui s'étaient infiltrées dans les containers déferlèrent sur le quai avant de s'élancer vers les centres névralgiques de la station.




Kalia


Dans un acte qui apparaissait totalement désespéré, Fléau fit volte-face et piqua droit vers nous.


Marco m'avait cédé la place au poste de pilotage principal et Dean m'assistait. Sans que je puisse le refréner, un élan d'admiration monta pour le soldat aux commandes du vaisseau qui s'approchait. Puis, je lançais les missiles dans sa direction.




Rory



« Voilà Charon. »


La femme parlait du vaisseau qui avait fait son apparition, visiblement pour nous sauver les miches. Je voulais bien reconnaître un certain panache à notre agresseur, jusqu'à ce que je le vois s'élancer contre ce Python. Il fallait être cinglé. Mortellement cinglé.


« Bien. Pilote, nous n'avons plus qu'à rejoindre vos nacelles de survie, si vous le voulez bien. Nous allons être récupérés dans un petit instant et allons poursuivre notre route vers Nicollier Terminal. Considérez toutefois votre mission comme réussie. »


Ainsi, j'abandonnais mon vaisseau à son triste sort. Bah, ce n'était plus qu'une épave à la dérive à présent. Autant mettre les voiles, avec la cliente en bon état qui plus est.




Kalia



Je rendais les commandes à Marco pour l'opération de récupération, et me dirigeais en direction de l'écoutille de soute, prête à récupérer nos rescapés dès que possible. La manœuvre se passa sans encombre. La première nacelle contenait la chancelière, que je rencontrais pour la première fois en chair et en os. Elle était incroyablement droite et digne dès qu'elle se fut extirpée de la capsule, et c'était plus la militaire que la politique qui transparaissait en ce moment.


Elle m'indiqua la nacelle qui suivait :


« Laissons-le là dedans un petit moment. C'est un individu fatigant. Nous le sortirons une fois arrivés à bon port. Avez-vous récupéré le lieutenant Daff ?»

« Fléau. Oui. C'est vraiment un pilote hors pair, il a réussi à s'éjecter avant la destruction de l'appareil. »

« Les identifiants sont en place ? »

« Tout est en place, nous sommes prêts à lancer l'appel de détresse. »

« Alors allez-y, il nous faut nous presser, j'ai une déclaration à faire. »


IV


[…] J'en appelle donc à tous les citoyens et citoyennes de Piran, que je désigne comme jurés légitimes et seuls à même de juger la lâche tentative de la Piran Corporation pour m'éliminer […] pas seulement moi en tant que personne, pas seulement moi en tant que représentante de la Ligue, mais moi en tant que symbole de tout ce qui fait la force de notre système : des valeurs d'honnêteté, de transparence, et de labeur. […] Justice pour Piran !


Extrait d'un discours d'Annalisa Bennett in « Les démagogues de l'ère proto-galactique »



Fléau



« Avant toute chose, je voulais vous remercier, aussi sincèrement qu'une politicienne puisse le faire, pour tous les services que vous nous avez rendu, sans en toucher aucune gloire. »


Annalisa Bennett était installée dans un bureau attenant au centre de commandement de la station Nicollier Terminal. Les troupes de la Ligue de l'Office Stellaire n'avaient fait qu'une bouchée des maigres forces de sécurité de l'avant-poste. On dénombrait quelques morts, mais la plupart des soldats s'étaient rendus sans échanges de tirs.


En face d'elle se tenait un des commandants d'élite de ses agents en mission, le lieutenant Karen Daff. Pendant de longues semaines, l'agent avait dû construire une identité factice suffisamment crédible pour commencer à être la source de rumeurs dans tout le système. C'est ainsi que le Fléau est apparu. Elle avait arraisonné, avec aussi peu de dommages que possible, de nombreux vaisseaux solitaires appartenant à la Ligue. Elle l'avait fait sous couverture, dans le but d'entretenir un climat de tension et de défiance dans le secteur. Visiblement, elle avait réussi cette tâche au-delà des attentes.


Une des chasseurs de primes affiliée à la Ligue, du nom de Kalia, s'était lancée à sa poursuite et lui avait opposé une certaine résistance aujourd'hui, si bien qu'elle avait dû aller jusqu'à détruire son appareil. Par la force des choses, elle avait mis en branle la phase finale de l'opération.


Dès le départ, le but était d'intenter une fausse attaque sur la personne de la chancelière, dans le but de discréditer la Piran Corporation, qui résistait de manière indécente à la puissance de la Ligue. Malheureusement, Annalisa aurait souhaité que les choses prennent plus de temps, mais avait du précipiter la suite et la fin des hostilités. Mais cela avait demandé une coordination parfaite de la part de plusieurs éléments.




« Il est évident qu'à compter d'aujourd'hui, vous bénéficiez d'une permission spéciale pour vous remettre de tous ces événements. Sachez que vous avez grandement contribué à la chute de la Corporation et à notre mainmise sur les stations qu'elle contrôlait. Dès que la nouvelle s'est répandue que Nicollier était tombé, Kandell et Metz's ont suivi dans l'heure. »

« Les identifiants ? ... »

« Soyez sans craintes. L'équipage de Charon a déposé un sillage électronique rare mais caractéristique des identifiants de sécurité de la Corporation sur les lieux de l'attentat. En terme prosaïques, je dirai qu'ils sont foutus. »

« La tête est coupée ? »

« Net et sans bavure, ou presque. »

« Beaucoup de décès à déplorer ? »

« Nous avons eu des morts sur le terrain, malheureusement. Et n'avons pu éviter quelques pertes civiles, notamment sur le quai de déchargement de la station Nicollier. Concrètement, il me reste à consolider cet avantage politique. Je compte sur les marchands indépendants pour relancer la machine économique, dès que je lèverai les restrictions imposées, soit dans quelques jours. En attendant et encore une fois, lieutenant Daff, je vous remercie de tout mon cœur d'avoir été le fléau de la Corporation. Je glisserai un mot fort bienveillant pour votre promotion.»

« Tout le plaisir était pour moi, madame la chancelière. »




Épilogue



Suite à une regrettable panne de carburant, Alice n'avait pu rejoindre Piran à temps pour les hostilités. Ce n'était pas pour lui déplaire. Elle était arrivée trois jours après la capitulation de la Piran Corporation, avec suffisamment de données d'exploration pour stimuler les secteurs touristiques, scientifiques et économiques du système pour les années à venir.


La Ligue de l'Office Stellaire était tellement heureuse de cette manne qui tombait à point nommée qu'elle n'émit aucune plainte concernant le léger retard de l'exploratrice.


Celle-ci, millionnaire à ne plus savoir quoi en faire, riait sous cape en pensant à tous ces besogneux qui avaient d'autres métiers que le sien au service de la Ligue. Tout en sirotant un cocktail sur l'une des somptueuses plages de sable vert du système Piran, elle pensait à toutes les souffrances qu'ils enduraient pour de bien piètres salaires.


Puis elle rit à nouveau, et but une autre gorgée. La vie était belle, à Piran, pour qui pouvait se l'acheter.


The L.O.S.P. est un groupe de joueurs de Elite Dangerous, jeu vidéo développé par Frontier Development.
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